Règlements de comptes au Front de gauche (Le Monde 24/08/2013)
Publié le 25 Août 2013
Ambiance au Front de gauche. "Ça commence à ressembler à OK Corral", soupire même une responsable communiste. Leurs universités d'été ne sont pas encore commencées, vendredi 23 août à Saint-Martin-d'Hères (Isère), que les deux principaux leaders du rassemblement, Jean-Luc Mélenchon et Pierre Laurent, règlent leurs comptes publiquement. Signe du malaise ou véritable manque d'organisation, les participants aux débats qui doivent clore ces "estivales" dimanche n'étaient toujours pas arrêtés vendredi. Et il n'est pas sûr de voir les deux hommes s'asseoir à la même table.
Les hostilités ont été lancées jeudi par le secrétaire national du Parti communiste dans le journal Libération.(1) M. Laurent y appelait notamment à ne pas confondre "la colère et la radicalité nécessaire avec l'invective". Une réaction à l'entretien qu'avait donné M. Mélenchon auparavant au Journal du dimanche (2) dans lequel il jugeait que le ministre de l'intérieur, Manuel Valls, était "contaminé" par Marine Le Pen et où il reprochait à François Hollande de "nous enlever le goût du futur".
"TIREUR DANS LE DOS"
La réponse ne s'est pas fait attendre. Vendredi dans l'après-midi, sur le campus de l'université de Saint-Martin-d'Hères où s'achevaient les Journées d'été du Parti de gauche, les proches de M. Mélenchon ont retenu leurs coups, laissant leur chef lâcher les siens lors du meeting de clôture. "A Pierre Laurent, je dis sans dramatisation mais avec fermeté qu'on ne gagne rien au rôle de tireur dans le dos, a lancé l'ancien candidat à la présidentielle. Il y a un devoir de respect mutuel et de solidarité car le Front de gauche et les gens qui le constituent ne supporteront pas une compétition d'ego." (3)
Des déclarations d'autant plus fortes qu'il est rare d'entendre les deux leaders du Front de gauche s'attaquer ouvertement. Sollicité par Le Monde, M. Laurent n'a d'ailleurs pas souhaité s'exprimer.
En cause : des différences d'appréciation pour les municipales, malgré un diagnostic partagé de la politique du gouvernement. Désireux de sauver ce qu'il leur reste d'élus, les communistes souhaitent des alliances dès le premier tour avec les socialistes.
"L'AUTONOMIE CONQUÉRANTE"
Impossible, répond le PG qui refuse d'être associé au PS et prône "l'autonomie conquérante". M. Mélenchon a cependant refusé "la caricature" qui voudrait qu'il y ait d'un côté "le méchant Parti de gauche jusqu'au-boutiste" et de l'autre "le Parti communiste prêt à répondre aux claquements de doigts des socialistes". De fait, c'est l'impression qu'a donnée la réponse de M. Laurent. Elle a été rendue publique quatre jours après l'interview de M. Mélenchon au JDD et après que le PS avait demandé au PCF de se désolidariser des propos de son allié. "L'enchaînement n'est pas heureux, c'est vrai", reconnaît, gêné, un cadre PCF.
Il n'empêche. Les communistes présents au meeting de M. Mélenchon n'ont guère goûté les attaques de leur ancien candidat à la présidentielle. "Je n'aime pas l'expression selon laquelle Pierre Laurent lui aurait tiré dans le dos, s'agace Marie-Pierre Vieu, membre de la direction du PCF. Pour qu'il les entende, il faut lui dire les choses." "Ce ne sont pas les mots les mieux choisis, déplore également sa collègue Isabelle de Almeida. Je ne suis pas sûre que ce soit ce que les militants attendent de cette rentrée politique."
DISCOURS FLEUVE
M. Laurent pourra toujours se consoler en se disant qu'il n'était pas le seul dans le viseur de M. Mélenchon, ce jour-là. Sous la chaleur étouffante de la Halle des sports de Saint-Martin-d'Hères, le leader du Front de gauche n'a pas manqué l'occasion de critiquer le gouvernement qui mène "une politique de droite". M. Hollande qui est "tragiquement banal" et la première année de son quinquennat qu'il juge "gâchée".
M. Valls, hué par la salle, n'a pas non plus échappé aux critiques, accusé de "reprendre les mots les plus infâmes de l'adversaire pour réintroduire l'idée que le problème ce n'est pas le financier, c'est l'immigré".
Dans un discours fleuve, celui qui sera candidat aux européennes de 2014 a enfin ciblé trois priorités : la lutte contre l'austérité, au travers du prochain projet de loi de finances, celle contre l'accord de libre-échange transatlantique et enfin contre la future réforme des retraites. Des batailles – sans même parler des prochaines échéances électorales – d'autant plus compliquées à mener si le Front de gauche ne présente pas un visage uni. Autant de raisons de se réjouir pour le PS qui tentait depuis des mois d'ouvrir une brèche entre le PG et le PCF.
Raphaëlle Besse Desmoulières
envoyée spéciale à Saint-Martin-d'Hères du "Monde"
3- http://www.jean-luc-melenchon.fr/2013/08/23/discours-de-cloture-du-remue-meninges/
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