Courrier de Gwenaël Le Berre( APLI-Bretagne) à Monsieur le Président de la République
Publié le 8 Octobre 2012
le 27 septembre 2012
M. Gwenaël Le Berre (APLI)
A
Monsieur François Hollande
Président de la République
Palais de l’Élysée,
55 rue du Faubourg St Honoré
75 008 PARIS
Objet : Crises agricoles.
Monsieur le Président,
Vous avez, à l'occasion de votre venue au salon du Sace de Rennes, communiqué votre position sur l'avenir de l'agriculture française. Vous avez notamment insisté
sur votre volonté d'exporter nos productions à valeur ajoutée par delà le monde afin de garantir un excédent commercial qui fait aujourd'hui tant défaut.
L'agriculture française a longtemps généré des excédents de balance commerciale, de par les gains de productivité réalisés par les agriculteurs. Malheureusement,
après des décennies d'efforts, de mises aux normes environnementales, de bien-être animal, d'investissements pour rendre les outils de production « compétitifs », la réalité est bien
là : la faillite du modèle d'exportation de Doux en volailles, les cessations de productions en lait, l'échec du modèle porcin, au plafond de l'endettement, nous reviennent en pleine
figure.
Que s'est il donc passé pour que le modèle agricole, tant générateur d'emplois et de croissance, en particulier en Bretagne, vacille à ce point?
La dérégulation des marchés, le libéralisme à outrance, l'entrée des capitaux spéculatifs sur les marchés agricoles, le dumping monétaire de la zone dollar, la
concurrence déloyale sur les volets sociaux et environnementaux, même au sein de l'Europe, mettent à mal le mental, l'envie même des agriculteurs français de relever les défis que vous souhaitez
initier. Les jeunes renoncent à reprendre l'outil familial, les grosses structures ne dégagent pas suffisamment de résultat pour qu'ils soient repris, la quantité de travail est insupportable,
sans qu'il soit possible d'embaucher. Les jeunes ne sont pas prêts à investir dans des outils gigantesques non rentables et les communes vont se vider de leurs agriculteurs.
Les productions fléchissent inéluctablement en porcs, en volaille et bientôt en lait, alors que l'on nous promet des développements des marchés mondiaux. Les
discours « Partez à la conquête du monde » sont de retour. Mais avec quels moyens ? Où sont les bataillons de jeunes paysans croyant en un avenir prometteur?
Monsieur le Président, l'agriculture aura du mal à se relever de tous les handicaps que la société lui a greffés. Les baisses de productions vont s'accentuer et les
indicateurs d'emplois en agro alimentaire vont virer rapidement au rouge.
Vous avez aujourd'hui la responsabilité de redresser le pays ; l'agriculture fournira sa part d'efforts, à condition qu'elle n'ait pas des boulets aux pieds.
La solution n'est pas le saupoudrage de quel qu’aide ponctuelle d'étalement des charges sociales, d'accès au crédit bancaire ou l'ouverture du RSA aux plus fragiles.
Nous affirmons que seule une volonté politique forte de réguler les marchés anéantira la spéculation ; l'harmonisation des règles sociales et
environnementales, ne serait-ce qu'en Europe, est impérative ; enfin, le choix d'une monnaie forte se doit d'être accompagné par un dispositif de maîtrise des importations.
C'est au prix de ces choix politiques que nous, agriculteurs d'Europe, garantirons, sans aides publiques, une alimentation de qualité à un prix équitable aux
consommateurs européens. Nous avons sans relâche proposé des outils de régulation des marchés qui ne couteront pas un euro à la collectivité. Je vous engage à nous écouter, pour un avenir
agricole en France et en Europe.
Veuillez agréer, Monsieur le Président, l'expression de mes respectueuses salutations.
Pour les responsables de l’Apli Bretagne (Association des Producteurs de Lait Indépendants) 22, 29, 35 et 56,
M. Gwenaël Le Berre
Copie : Monsieur Stéphane LE FOLL, Ministre de l’alimentation, de l’Agriculture et de la Pêche
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